L’ennui // GUERILLA POUBELLE

guerilla poubelle couverture

Il y a des albums qui marquent plus que d’autres, ne serait-ce que grâce à leur façon de tomber à pic : que ce soit grâce à leur immortalisation d’une période et d’une époque, comme une photographie devant laquelle on se retrouverait nostalgique des années après qu’elle soit prise, ou bien comme les reflets d’un miroir qui nous renverrait en pleine tronche non pas notre aspect physique, mais nos propres ressentis personnels.

« L’ennui » fait parti pour ma part des albums qui figurent dans cette catégorie.
Rien que les éléments qui figurent sur la pochette ont une résonance particulière à mes yeux.
A l’annonce de sa sortie, la lecture de la tracklist ne m’avait pas laissé d’autres choix que de le précommander : Comment réussir à étouffer ma curiosité devant des titres comme « Entre booba et balkany » ; « Le casse du siècle », « La guerre des pauvres » ?
Maintenant qu’il est entre mes mains depuis un certain temps, que ressorte t’il de l’identité de cet album ?
Quelques années après avoir sorti « La Nausée », album amenant plus explicitement qu’à l’époque le côté social et politique des paroles et de la musique proposée par Guerilla Poubelle, le groupe revient encore plus déterminé pour en découdre avec ces 13 titres qui viennent poser de manière encore plus accentuée les qualificatifs cités pour qualifier l’effort précédent.
La politique migratoire, l’écologie, les mouvements sociaux, le capitalisme, le mépris de classe, le temps qui passe et qui laisse des traces, voilà les sujets qui sont abordés et traités ici.

Une fois les pistes écoutées pour la première fois, j’ai constaté de manière assez flagrante que les morceaux forment un ensemble plus abouti qu’auparavant.
Même si l’urgence est un adjectif qui ne pourra sans doute jamais être détaché de leur nom, j’ai la légère impression que la globalité du disque a été travaillé avec plus de rigueur, tout en gardant cette fougue qui leur est propre.
Les textes et le choix des mots employés viennent me faire sourire, même si les thèmes abordés sont à l’opposé d’une réaction de ce genre : quel plaisir de chanter de telles paroles, bien loin du silence habituel dans lequel je m’enferme machinalement au quotidien !
La plume de Till est aiguisée comme jamais et vient appuyer l’instrumental déjà bien rentre dedans, « L’aigle et la foudre », « Apocalypse 6 :12 » et « La guerre des pauvres » viennent en témoigner.
Face A comme face B, rien est à jeter.

Quasiment tous dotés d’un refrain accrocheur, « Qui perd perd » vient dévoiler une vérité bien dégueulasse et troublante sans même passer par cette étape, dont l’évidence créée à elle seule le don de banaliser la chose : « … Les flicards gazent et les fêtards tombent, les dominants dominent et les menteurs mentent, et les chômeurs DOIVENT SE JUSTIFIER ». Qu’est ce que c’est bon de l’entendre…
D’autres morceaux se démarquent autrement, comme « La bataille de Paris », qui amène une deuxième guitare si rare dans les compositions du trio, tout en restant dans le simple et efficace.
Ces quelques notes jouées viennent soutenir de la plus belle des façons un véritable hymne ravageur.
« L’argile » et l’angoisse dégagée me ramène quant à elle un peu en arrière, avec une ambiance similaire à « Peine de vie » qu’on trouve dans « La nausée ».
Il est également toujours surprenant de continuer à être surpris par un passage reggae saturé, comme à l’époque avec « L’équipe Z », cette fois ci avec «La guerre des pauvres ».

Tout ça vient se clôturer avec une thématique semblable à celle qui était abordée dès ses premières secondes, avec à sa suite une succession de notes suintant l’inquiétude.
Pour conclure, « L’ennui » nous propose le meilleur de Guerilla Poubelle, avec un contenu innovant, tout en étant fidèle à ce que le groupe pouvait faire à ses débuts.
Plus que jamais revendicateur, c’est une vraie bombe qui a été lâchée.

— Arno