Avant-première // MON AUTRE GROUPE

couverture mon autre groupe
MON AUTRE GROUPE (MAG) a accepté de répondre à nos questions dans le cadre de la sortie en avant première du morceau La Joie, en exclusivité sur HIWWAT. L’occasion de vous livrer un « article-cocktail » avec interview, un commentaire du groupe sur le morceau et sur leur futur album Quelle Joie prévu pour début Mars.

Comme dans notre habitude, Mon Autre Groupe dévoile par ces lignes les idées et les points de départ à l’origine de la création de leur nouvel album, « Quelle Joie », dès maintenant en précommandeJérôme (batterie) et Fanny (chant) exposent ici leur propre ressenti sur cette aventure.

A PROPOS DE L’ALBUM

« Quelle joie » est le septième disque de Mon autre groupe et le quatrième avec ce line up stable depuis 2012. Suite à l’annulation des concerts de nos groupes respectifs en 2020 il nous semblait opportun de se retrouver cet été et de composer le maximum de titres dans l’optique de pouvoir enregistrer rapidement.
Après avoir réservé ce bon vieux Chipolata Framboise studio nous nous sommes donc retrouvés en repet à travailler spontanément ou à partir de maquettes composées par Till.  Comme d’habitude nous avons tout composé rapidement et sommes allés en studio dans la foulée, Fanny ayant des idées de chant pour l’ensemble des titres nous avons donc tout enregistré.

L’enregistrement fut un moment très particulier pour nous, isolés de tous à la campagne à faire de la musique littéralement « en famille ». Ce fut un séjour très fun et très agréable, c’était vraiment mortel de se retrouver et de pouvoir enregistrer dans le Chipo flambant neuf avec Fabien qui avait déjà enregistré « Décadence ». Nous avons passé un très bon moment et avons produit le plus long disque dans l’histoire du groupe, créé et enregistré dans la joie pour un résultat sombre et chaotique. Ce qui au final résume bien nos tempéraments de joyeux pessimistes.

Au final nous avons profité de la longueur du disque pour caller en face B les trois autres disques enregistrés avec ce line up. Ce qui est plutôt cool car pour la première fois des labels étrangers participent à sa sortie et tout le monde n’a sans doute pas les précédents disques. Pour l’occasion nous avons ouvert la boite à souvenir afin de produire un livret des plus complet avec tous les textes et des photos d’archive.

Je pense que ce disque nous tient particulièrement à cœur, ça faisait longtemps que l’on se s’était pas retrouvé à faire de la musique, encore plus à faire un disque. Nous apportons des nouveaux titres qui nous plaisent et matérialisons l’ensemble des disques de ce line up sur un seul.
Nous avons sans doute été un peu plus loin que d’habitude dans les ambiances et les compos, que au final c’est sans doute notre disque le plus polyvalent.

— Jérôme

Je ne suis jamais présente quand les gars composent donc c’est ma petite surprise de recevoir les morceaux. Pour le coup c’est la première fois que je me retrouve à me marrer en les écoutant, avec leurs sorties de route dans l’excès de violence ou dans le second degré. C’est le premier opus de MAG où je ne parle pas des violences que j’ai subies qui m’ont consumées pendant des années. Je ne sais pas si c’est la crise de la (milieu) trentaine qui me fait prendre du recul, ou si c’est parce que j’ai eu une bonne psy, ou si j’ai finalement déjà un peu tout dit. 

Du coup cet album fouille dans des angoisses générales de ma place et notre place dans nos rapports de force et de dominations les uns aux autres, cette forme de cannibalisme hiérarchique qu’on retrouve aussi dans les problématiques écologiques où on est en pleine dissonance cognitive de ne pas lâcher notre confort tout en foutant le feu à la baraque.  C’est de ça que parle le morceau « La joie », on sait ce qui détruit mais ça ne nous empêche pas de continuer et ça revient à nous immoler nous même dans une grande fête, dans la joie et l’insouciance au-dessus de l’angoisse. Du coup il plane le sentiment d’impuissance  et de ne pas être à la hauteur, dans notre petite vie et en tant qu’espèce, jusque dans nos rapports aux peuples qui nous demandent de l’aide et à qui on répond par de l’inaction, du mépris et de la maltraitance. On ne se montre pas très dignes de notre humanité. 

Heureusement, on se marre. C’est sûrement pour ça que le second degré est inévitable. Ça permet de déverser ce qu’il y a de pire en soit, au sein de la grande marrade des copains. Sans ça ce serait chaud je crois. 

— Fanny

LA JOIE EN EXCLU :


INTERVIEW

Fanny, à lire ces lignes, pourrait-on parler de « résilience », ce mot particulièrement à la mode depuis un certain temps, pour qualifier l’état d’esprit de Mon autre groupe sur ce nouveau disque ?

Fanny : La résilience c’est un peu la sagesse de faire le constat de situations merdiques et les encaisser, ça fait partie de la ligne de conduite du punk rock en général depuis que ça existe. Mais j’ai l’impression d’être très loin de ce niveau de sagesse et d’être encore au stade traumatique.

Jérôme : Si ce mot est à la « mode » c’est sans doute corrélé à la libération de la parole traumatique et de son traitement global. C’est une très bonne chose que cela sorte du cadre socio médical et que des exemples d’empowerment arrivent enfin vers une audience plus large. C’est un chemin long et sinueux, si MAG peut être une petite pièce infime dans ce furieux engrenage pour qui que ce soit alors nous en serons satisfaits.

 Est-ce que les sujets abordés dans tes textes sont beaucoup discutés avant de les enregistrer, et est- ce que le groupe entier remet en question certaines de tes phrases ? Si la réponse est non, est ce que tu penses que le côté personnel de la musique, souvent ressenti plus particulièrement par la personne qui écrit les textes, arrive également à se ressentir chez chacun des membres de Mon Autre Groupe ?

Fanny : Non j’ai ma surprise en recevant les morceaux, ils ont la leur quand je leur envoie ou leur lis mes textes. Ils interviennent parfois pour améliorer une phrase par ci par là, et corriger mes fautes. On ne discute pas des textes en eux mêmes, par contre on a nos discussions de copains sur lesquelles ont est sensibles et où on se retrouve. Le boulot de fou de Gégé par exemple. 

Je n’ai aucune idée si ils s’y retrouvent ou pas. Mais si je devais écrire pour un groupe de personnes, je serai incapable d’aborder quoique ce soit frontalement. J’édulcorerais forcément. L’esprit de MAG est trop violent et rageux pour que je réussisse à écrire collectif. Après ce sont des thèmes survolés, c’est pas non plus une thèse à valider, c’est molo tout ça.

Jérôme : Nous sommes tous les trois derrière Fanny, elle a une carte blanche totale face à cela.

Votre line up est finalement celui qui a tenu le plus longtemps. Quelle est selon vous la chose la plus importante qui vous unit ?

Jérôme : Et bien nous sommes tous potes de très longue date, et nous partageons tous cet amour de la musique dans son sens le plus artistique du terme, mais également en tant qu’exutoire et porteur de messages. 

Je pense que c’est aussi simple que ça, sans compter sur le fait qu’il n’y a pas de réel enjeux dans Mon autre groupe, il y a 0 pression et pas de prise de tête. Finalement ce n’est que de la passion et du fun et pour être totalement honnête on se marre bien, c’est sans doute cela le ciment du groupe.  

Fanny : L’envie de voir des potes régulièrement c’est le meilleur argument pour faire un groupe. 

Je suis retombé sur une interview, où Till disait déjà que c’était lui qui apportait la base des morceaux. La recette reste au final inchangée. Est-ce une réelle volonté de continuer à garder vos méthodes de compositions pour garder votre identité musicale, ou est ce que les choses pourront changer par la suite pour dévoiler une autre facette ?

Jérôme : Il y a une forme de facilité dans cette recette, et cela fonctionne bien, néanmoins de par le passé il est également arrivé que tous les membres du groupe apportent une idée de composition, et le fruit du travail final est toujours collectif. 

Cependant nous avons ouvert un peu plus le spectre des possibles sur ce disque, changé un peu de formule et apporté d’autres ambiances même si la base reste la même depuis le début.  C’est peut-être pour cela qu’il nous plaît, on ne s’est pas réinventé mais nous avons donné peut être un peu plus de substance et de diversité à ce flot rapide et agressif. Cependant, je ne sais pas si nous pouvons parler d’identité musicale, je n’ai pas le recul nécessaire pour cela car j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de groupes comme nous, nous enfonçons des portes ouvertes mais nous faisons bien attention à ce qu’il n’en reste juste le chambranle. 

Fanny : Oui on n’est pas figé sur les méthodes. 

 Je n’ai pas encore vu l’artwork de « Quelle Joie », à moins que ce soit ce qui est utilisé pour illustrer la vidéo dévoilée ici, pouvez vous nous dire en quoi cet artwork prend sens par rapport à vos autres sorties ?

Fanny : On a pris un virage plus tranché avec décadence. Avoir une pochette figurative avec des morceaux de moins d’une minute et des textes qui ressemblent à des Haïkus de bad, ça montre l’âme de l’album. Avec « Décadence » c’était limite, si ça tombe entre les mains de ma mère elle va pleurer. 

Jérôme : Sur Omega on est parti des illustrations pour en arriver aux textes, on a fait le processus inverse. Cette fois l’illustration est arrivée après, cela synthétise bien l’état d’esprit de l’album de manière globale et ce sous plusieurs lectures possibles, l’annihilation de l’avenir, l’égoïsme, et j’en passe…
Elle fait partie de la série des « peintures noires » de Goya et c’est sans doute la plus sombre.

— Propos recueillis par Arno

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